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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 13:50

             Il va falloir se réhabituer à supporter sa vue sur le parking des Argousiers : Mythic-Camion est ressuscité ! (L'autre va bien, merci, il attend les vacances à Quimper.)

    


Heum... Les taches marron, sur le côté, ce doit être un défaut de la photo...
    Les voici tous les deux en Bretagne (et donc au soleil) :

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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 15:57
    Il fallait comprendre qu’il n’y a que deux personnages dans le texte : le voyageur (=Jean Valjean), et l’aubergiste (= « l’hôte »). Quand ce dernier apprend que son client est un ancien bagnard, il refuse de le servir et cherche à le chasser de chez lui.
 

Attention : sur les 15 points des questions, on enlèvera 0,5 point pour une ou deux réponses non rédigées, et 1 point à partir de trois réponses non rédigées.
 
I – UN AUBERGISTE SINGULIER (sur 5 points)
1. a) Quelle est la valeur de l’imparfait de la première ligne et des passés simples des lignes 1 à 5 ?
L’imparfait : action d’arrière-plan ou action dans une durée indéterminée ou action en cours d’accomplissement ou action non bornée, non délimitée. 0,5 point
Le passé simple : actions de premier plan ou actions du récit ou successives et limitées dans le temps. 0,5 point
b) Sur quel personnage l’emploi de ces temps attire-t-il l’attention ?
L’emploi de ces temps attire l’attention sur l’aubergiste. 0,5 point (L'aubergiste est le sujet du premier verbe au passé simple.)
2. a) Dans le reste du texte, quel nom reprend le terme d’ « aubergiste » ?
« L’hôte » 0,5 point
b) Quelle qualité peut-on donc attendre du personnage ainsi désigné ?
On peut en attendre de l’hospitalité, ou convivialité, ou sens de l’accueil, ou politesse, ou gentillesse, ou amabilité, ou serviabilité, ou cordialité, etc. 0,5 point
(Si la réponse au a) est fausse, la réponse du b) ne sera pas acceptée, sauf s’il est précisé en b) qu’on parle bien de l’aubergiste.)
3. a) De la ligne 20 à 27 : quelle forme de phrase l’aubergiste emploie-t-il le plus souvent ?
Il emploie la forme négative. 0,5 point
b) De la ligne 28 à la fin : relevez les trois expressions du texte qui caractérisent la manière dont l’aubergiste parle au voyageur.
Ligne 28 : « d’un ton mesuré, mais ferme ».
Ligne 43 : « d’un accent qui le fit tressaillir ».
Ligne 47 : « toujours à voix basse ».
Trois expressions : 1 point ; deux expressions : 0,5 point ; une expression : 0 point.
Expressions mal délimitées (citations trop longues) : 0,5 point au lieu de 1.
4. En confrontant l’ensemble de vos réponses, dites si Jacquin Labarre vous semble vraiment être un « digne aubergiste ». Justifiez votre réponse.
Non : 1°) il se méfie d’emblée du voyageur ; 2°) il refuse tout ce que demande Jean-Valjean ; 3°) il s’adresse à lui de façon déplacée, son ton n’est pas accueillant ou autre réponse allant dans ce sens.
Aucun point si la réponse « non » n’est pas justifiée.
0,5 point si la prise de position est claire et contient une seule justification.
1 point si la position est claire et contient deux ou trois justifications.
0,5 point si la réponse est justifiée mais la prise de position peu claire.
 
II – UN VOYAGEUR INDÉSIRABLE (sur 5 points)
1. Quelles sont les raisons que donne le voyageur pour justifier sa présence à l’auberge ?
Vous paraissent-elles justifiées ?
Les raisons sont que 1°) le voyageur a faim, 2°) il est fatigué (sous entendu) et 3°) il a de l’argent pour payer. 0,5 point pour deux de ces raisons, 0 point pour une seule. (On acceptera aussi bien ici un simple relevé de citations à la place de l'explication.)
Elles paraissent justes car logiques : une auberge est faite pour offrir le gîte et le repas contre rétribution. (Autres formulations justes acceptées, comme le besoin de repos, de réconfort…) 0,5 point
2. « Je suis à l’auberge, j’ai faim, et je reste. »
Quelle est la relation logique exprimée par la conjonction de coordination « et » ?
La conséquence. 0,5 point
3. Dans la phrase « Mais je meurs de faim, moi » (ligne 29), relevez le terme mis en relief et commentez l’effet produit.
Le terme mis en relief est « moi » ou « je ». (C’est une segmentation de la phrase, mais le nom du procédé n’était pas demandé.) L’effet produit est l’insistance sur son état, ou sa situation, ou son identité : lui, et non un autre, ou l’expression d’une plainte, d’une détresse ou de sa détermination. 0,5 point
4. En vous appuyant sur les réponses aux questions précédentes, qualifiez l’attitude du voyageur.
Le voyageur s’entête, s’obstine face aux réponses de l’aubergiste. (Mais ne pas parler d’agressivité.) 0,5 point
5. Dans l’ensemble du texte, relevez les noms et groupes nominaux utilisés pour désigner le « voyageur »
a) par le narrateur
« Le nouveau venu » (ligne 1)
« L’homme » (ligne 13 ou 21)
« L’étranger » (ligne 28)
b) par l’aubergiste.
« Monsieur » (ligne 12)
« Jean Valjean » (ligne 48)
Pour a) et b) : 1 point en tout. 0,5 si les expressions ne sont pas bien triées entre a) et b).
(L’ajout à ces réponses de pronoms ne sera pas sanctionné, bien qu’on demandait des G.N.)
c) En quoi la dernière désignation est-elle essentielle pour le « voyageur » ?
La dernière désignation est essentielle pour lui : il constate qu’il a été reconnu, ou : identifié. (Bien sûr, la réponse peut être formulée différemment.) 1 point
 
III – LE FACE À FACE (sur 5 points)
1. Quel est l’enjeu du débat pour chaque personnage ?
Jean Valjean veut trouver un gîte : obtenir de quoi manger et dormir. 0,5 point
L’aubergiste, lui, veut que Jean Valjean quitte l’auberge. 0,5 point
2. Dans les lignes 32 à 40 :
a) Jean Valjean se laisse-t-il faire par l’aubergiste ?
Non, il ne se laisse pas faire. 0,5 point
b) Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le type de phrase qu’il emploie le plus souvent.
Il utilise le plus souvent des phrases interrogatives (ou : des questions) (0,5 point), ce qui démontre qu’il n’est pas du tout convaincu par ce que lui dit l’aubergiste (il met en question ce qu’il lui dit) ou : il mène le débat (puisqu'il pose les questions, et que l'autre y répond). (0,5 point)
3. Donnez l’infinitif, le mode et le temps de « Allez-vous-en ».
L’infinitif : s’en aller. 0,5 point (Aller tout court n’est pas accepté !)
Mode : impératif. Temps : présent. 0,5 point même pour « impératif » tout seul ; mais 0 point pour "présent" tout seul.
En quoi cette phrase est-elle importante ?
Cette phrase est importante, car elle dit clairement que l’intention de l’aubergiste est de le mettre à la porte. Ou : Cette phrase est importante parce qu'elle met un terme au débat, à la discussion. 0,5 point
4. En quoi les propos de l’aubergiste trahissent-ils sa mauvaise foi ?
Il lui ment en lui donnant de fausses raisons (par exemple les chevaux qui prendraient toute la place dans l'écurie !) : il accumule les prétextes. 1 point
On pourra à la place de cette réponse (sans l'exemple) faire la liste des prétextes (exemples) avancés par l’aubergiste (2 prétextes : 1 point ; 1 prétexte : 0,5 point). [Réponse incomplète : 0,5 point]
 
 
RÉÉCRITURE (sur 4 points)
Lignes 49-50, « En vous voyant… répondu » : Récrivez le passage au plus-que-parfait en passant de la première personne du singulier à la troisième du pluriel.
En vous (ou : le) voyant entrer, ils s’étaient douté(s) de quelque chose, ils avaient envoyé à la mairie, et voici ce qu’on leur avait répondu.
0,5 point pour les deux « ils »
1 point pour « s’étaient douté(s) » (0,5 + 0,5)
1 point pour « avaient envoyé » (0,5 + 0,5)
0,5 point pour « leur »
1 point pour « avait répondu » (0,5 + 0,5)
Pour une ou plusieurs fautes de copie : - 0,5 point
Normalement, il faut un S à "doutés" : participe passé employé avec l'auxiliaire être à la forme pronominale, quand "SE" est indissociable du verbe ("se douter" a un sens spécial, différent de "douter" seul) et quand le verbe est suivi d'un complément d'objet indirect ("de quelque chose"). Mais on n'exigeait pas ces connaissances d'un cas très particulier de l'accord du participe passé à la forme pronominale : référez-vous au point 42 de la Fiche Résumé rouge d'orthographe.
 
DICTÉE (sur 6 points)
    L’homme baissa la tête, ramassa le sac qu’il avait déposé à terre, et s’en alla.
    Il prit la grande rue. Il marchait devant lui au hasard, rasant de près les maisons, comme un homme humilié et triste. Il ne se retourna pas une seule fois. S’il s’était retourné, il aurait vu l’aubergiste de La Croix-de-Colbas sur le seuil de sa porte, entouré de tous les voyageurs de son auberge et de tous les passants de la rue, parlant vivement et le désignant du doigt, et, au(x) regard(s) de défiance et d’effroi du groupe, il aurait deviné qu’avant peu son arrivée serait l’événement de toute la ville.
Victor HUGO, Les Misérables
Barème :
- 0,5 point pour les erreurs grammaticales (accords, accent sur « à », "peut" au lieu de "peu", etc.)
- 0,25 point pour les erreurs d’orthographe lexicale (même si la prononciation n’est pas respectée) : "baisa" au lieu de "baissa", etc.
- 0,25 point pour quatre erreurs de ponctuation, majuscules, trait d’union ou accent non grammatical.
On acceptera évènement (avec un accent grave).
 
RÉDACTION
Imaginez la suite du texte : l’aubergiste raconte la scène à sa femme qui cherche à lui montrer qu’il a eu tort. Votre récit au passé inclura les arguments échangés entre les deux personnages ainsi que leurs réactions respectives.
On attend un dialogue argumentatif dans un récit au passé à la troisième personne (comme dans le texte). L’aubergiste dit ce qui s’est passé. Sa femme cherche à lui démontrer qu’il a mal agi ; et le mari cherche à se défendre.
Barème :
Toute rédaction hors sujet sera notée en dessous de 7.
* Emploi des deux types de texte : narratif (avec paroles rapportées) (2 points) et argumentatif (deux arguments au moins dans les répliques des personnages) (4 points).
* Expression précise et variée des sentiments (3 points).
* Présence de paroles rapportées (styles si possible variés : direct (dialogue), indirect…) (2 points)
* Maîtrise de la langue : respect de la construction des phrases, précision du vocabulaire, orthographe (4 points)
* L’originalité sera valorisée. À l’inverse, les incohérences du récit, le non respect du texte d’origine, pourront être sanctionnés.
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10 mai 2007 4 10 /05 /mai /2007 16:24

"C'te coupe de cheveux, mon frère !"

(Article paru dans Libération, jeudi 22 mars 2007)

    "Ta mère !" Si vous prenez cette insulte, largement popularisée dans les années 90, pour une expression dans le vent, sachez que vous vous trompez. Le célèbre "ta mère" appartient désormais à l'histoire.

    "Sur la vie de ma mère" en revanche, est très usité. Dans son sillage, sont apparues des exclamations étranges : "sur la vie de moi !" et "sur la tête de moi !" L'index raidi, levé vers le ciel, est un accompagnement indispensable. Il permet d'appuyer la force du propos. Traditionnellement, la grammaire n'admet pas l'emploi du pronom personnel renforcé "moi" après la réposition "de". Mais qu'importe ?

    Menace. D'abord, il y a l'émergence d'une série de verbes en -ave, probablement emprunté au tzigane. On dit "bouillave" pour "faire l'amour", "bédave" pour "fumer", "chourave" pour "dérober". Quant à "marrave", archi-employé, il signifie "tuer", "massacrer". "Sur la vide d'moi, j'vais t'marave ta race !" : cette menace, désormais banale, n'impresionne plus grand-monde. Elle est même parfois prononcée avec le sourire, comme pour dire "bonjour".

    Remarquons, à ce propos, que l'emploi de paroles agressives, déconnectées de tout conflit et quasiment vidées de leur sens, est fréquent. "Tu crois qu'chuis ta copine ou quoi ?" "T'as cru que j'rigolais avec toi ?" entend-on au détour de conversations anodines. Et puis il arrive qu'on détourne des expressions de leur sens. Si vous pensez que "vite fait", par exemple, signifie "rapidement", sortez de votre naïveté. "Vite fait" se traduit par "plus ou moins", "à peu près", "un peu". Quand on a compris "vite fait" sa leçon, c'est qu'on l'a moyennement comprise. Voire qu'on ne l'a pas comprise du tout. "Vite fait" peut en effet s'employer avec des degrés. Le choix du degré appartient au locuteur, d'où un certain nombre de malentendus avec les adultes.

    Soucieux de revisiter tous les aspects de la langue française, les adolescents s'attaquent même à l'ordre des mots dans la phrase. Ainsi, l'adverbe passe-t-il presque toujours en fin de groupe syntaxique : "Il a lâché l'affaire carrément". Il existe aussi des expressions fourre-tout, qui veulent dire tout et son contraire. C'est le cas du très classique "Vas-y !", qui signifie aussi bien "laisse-moi tranquille" que "s'il te plaît", ou encore "je te déteste, je vais te tuer". Seul le contexte (et l'intonation) permettent d'interpréter.

    L'appellation "mon frère" est également un tic de langage qui ponctue bon nombre de phrases. Elle désigne indifféremment une fille ou un garçon et ne signifie pas grand-chose.  Elle sert surtout de signe de reconnaissance. "Mon frère", lâché en fin de phrase, instaure une complicité immédiate entre les interlocuteurs et véhicule un message implicite du genre : "Nous sommes jeunes, nous sommes cool et nous le savons." L'emploi du verlan, toujours d'actualité, joue un rôle comparable. Néanmions, tous les mots ne sont pas librement transposables. S'il est acceptable et souhaité d'employer "ouf", "keum", "relou" ou encore "péfra", il serait en revanche incongru de transformer les mots "perturbé", "homme", "pénible" ou "rosser" ! Allez savoir pourquoi... Enfin, la contraction et le suremploi des adjectifs sont une pratique langagière en expansion. "C'te coupe de cheveux, mon frère !", "c'te démarche que t'as !", "c'te meuf, sur la tête de ouam !" Particularité de l'époque, ces adjectifs démonstratifs peuvent même introduire un nom propre : "c'te Jessica !", "c'te Kevin, j'te jure !"

    "La même". Certaines expressions sont inexplicablement abrégées. C'est le cas de "la même", qui signifie "la même chose". Exemple de dialogue entendu :

    "- T'es pas sorti, vendredi ?

    - Nan. J'étais puni.

    - Et samedi ?

    - La même !"

    Depuis un peu plus de vingt ans, les adolescents réinventent le langage. Le processus s'est accéléré ces dernières années, pour aboutir à la création d'un paralangage étonnant que les plus de 25 ans ne peuvent pas connaître. Ce n'est ni un bien, ni un mal. C'est une réalité à étudier et à prendre en compte. Le plus surprenant et le plus drôle est sans doute l'apparition de ce paralangage, né dans les banlieues défavorisées, au sein des milieux bourgeois et aisés. Les adolescents des bonnes familles s'approprient volontiers la grammaire et le vocabulaire des jeunes des quartiers sans soupçonner un instant de l'effet comique.

    Seule une dérive est préoccupante : la frontière entre langage oral et langage écrit s'efface, comme en témoignent ces lignes de Julien, élève de troisième, à propos d'une oeuvre de Maupassant : "Je suis vraiment d'accord avec le narrateur qui dit à la meuf de reprendre son mec car il le saoule grave. Je voudrais pas être à sa place car il fait des trucs de ouf."

Cypora Petitjean-Cerf

 

Des mots "total" mode, on va dire

(Article paru dans Le Monde, jeudi 27 avril 2006)

    Un beau matin, des mots nouveaux, des expressions inédites fleurissent dans les lycées, les cafétérias ou les médias. Parfois ce sont des adjectifs qui se prennent à jouer les adverbes ("J'ahallucine sévère"), des adverbes qui au contraire s'adjectivisent ("Elle est trop"), des substantifs qui meurent d'envie de se conjuguer ("Désolée, l'autre jour j'ai un peu crisé"). Pour avoir l'air moins bête devant ces innovations, voici l'abécédaire de quelques musts devenus incontournables.

Baroque : "étrange", "bizarre", "incompréhensible".

Bloguer : le "blog" a fait son entrée dans le Larousse en 2006. Le verbe fait suite...

Bonheur (que du) : expression très marketing qui veut seulement dire que tout va bien.

Capter : a remplacé "comprendre", "piger" ("T'inquiète, j'ai capté !")

Ça va le faire (ou pas le faire) : ça va aller (ou pas), on devrait s'en sortir (ou pas).

Casher (ou surtout "pas casher") : correct (ou incorrect), d'équerre (ou pas d'équerre), dans la norme (ou non).

Collector : très rare, recherché, objet de collection. Il y a des disques collectors, des exemplaires de journaux et même des jeans, ou.. une copie bien notée.

Customiser : personnaliser, décorer (souvent en pillant les merceries et les drogueries) pour donner sa propre griffe à ses baskets, sa voiture, son canapé, son blog. (Le prononcer à la française.)

Équitable : tout doit désormais l'être, le commerce, l'économie, les relations, le café. Adjectif tellement prisé qu'il est en passe de supplanter le fameux "citoyen" des deux dernières années.

Guillemets (entre) : la seule ponctuation qui se mime avec deux doigts de chaque main.

On va dire : expression (modalisateur) servant à ne pas assumer totalement la responsabilité de ce qui va suivre ou qui précède. S'exprimait jadis par : "Je dirais volontiers si j'osais" (c'était plus long).

Point barre : ça suffit, basta, ras-le-bol.

Souci : on n'a plus de "problèmes", on a désormais des soucis. (Cf. : "Y'a pas d'souci !")

Spamer : le "spam" (mail non désiré) est devenu un classique (entrée au Robert en 2005, au Larousse en 2006). Le verbe qui en est dérivé signifie "coller", "péguer"*, voire "pourrir" ("Ce mec, il me spame la vie !")

Tip-top : impec, rien à dire.

Tonguer : à l'origine : vivre en tongs. Autrement dit : "buller".

Total : c'est le préfixe qui va avec tout. ("Ce groupe est total-déjanté.")

Vintage : à l'origine, tout vêtement, meuble ou accessoire d'au moins 20 ans d'âge, si possible griffé. En fait : tout objet datant du 20e siècle, quelle que soit son histoire.

Hélène Viala

* Péguer : verbe intransitif (du provençal pega, poix) Dans le midi de la France : être poisseux, collant.

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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 13:12

R e m p o t a g e

    Le yucca était à l'étroit : il a fallu le rempoter. Première étape : mélange terre / terreau. Le moment délicat est la sortie de l'ancien pot ; mais tout s'est bien passé.

    Résultat : le yucca dans son grand pot.

   Et trois plants de tomates cerises plantés à la rentrée :             

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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 10:35
Le français, langue baladeuse
(article paru dans  Libération  le mardi 13 mars 2007, page 23)
 
    C'est la fête de notre langue. Mais non, pas de cet organe charnu, musculeux, allongé, mobile, parfois bien pendu, qui permet de s'aboucher, après avoir été dûment tourné sept fois dans la cavité buccale. C'est la fête, cette semaine, de la langue française, merveilleuse fourmilière de quelque 50 000 mots (tels que recensés par le dictionnaire de l'Académie) qui ne cesse de s'enrichir. Car oui, le français, n'en déplaise à ceux qui hurlent au franglais en fustigeant ces djeunes qui croient que Le Robert, c'est le gars d'en face qui bidouille les mobs, se porte comme un charme. Un charme ? Ben oui, comme un arbre, qui certes perd ses branches mortes, mais aussi se ramifie et se renouvelle. On en cause meilleur...
 
    J'hallucine grave !
    Insensé ce que les Français gigotent. Et c'est peu dire qu'à la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, on n'en peut mais de courir derrière cette langue baladeuse. Avec des mots qui tombent dans l'oubli comme estocader (« discuter vivement »). D'autres qui s'effacent au profit des plus courants, tel complet à qui l'on préfère costume, corsage au profit de chemisier, soulier délaissé pour chaussure. Mais il y a aussi des ressuscités. Parmi eux : maille (« petite monnaie de cuivre qui valait la moitié d'un denier »). Certes, on en use encore dans l'expression avoir maille à partir avec (« avoir un différend », comme si on avait une maille à partager). Mais voilà surtout ce mot miraculeusement réapparu, et réinvesti dans son sens premier, en banlieue ou chez les branchés, qui n'hésitent plus à demander : « T'as pas de la maille ? » En clair : « Raboule la thune ! » Tout ça, c'est bien sûr sans compter avec ce que les érudits appellent les mutations grammaticales qui vous mettent aussi une bonne dose de bazar, lorsque notre langue on ausculte. Et voilà, l'adverbe qui devient adjectif : « Il est trop ! » Et réciproquement : « J'hallucine grave ! » À noter aussi que les verbes peuvent se transformer en nom : la glisse, la gagne... Et réciproquement : « ça m'esclave sévère ! », « Je crise complètement ! ». Et y a de quoi ! Cerise sur le dico : les mots qui changent de sens. Genre la zone (devenue banlieue misérable), ou « j'ai rien capté »... 
    Encore des mots...
    Bref, faut suivre. D'autant qu'en sus de tous ces petits arrangements entre mots, en voici qui chaque année font leur entrée dans le dico. Eh oui ! Il a bien fallu se résoudre à donner des définitions à ces mots désormais très usités que sont covoiturage, bioterroriste, professeure, sans oublier double-cliquer... À noter qu'une foultitude de termes nouveaux s'autorisent en plus à vivre leur vie loin du dico, tel « à l'insu de mon plein gré ». Sérieusement, pendant que les gens du dictionnaire s'évertuent à conserver et observer notre langue, ça mouline également très dur du côté des commissions de terminologie (dix-huit en tout, des transports à l'audiovisuel en passant par l'électronique). Mission : proposer tous les mois, voire tous les quinze jours, des mots dont l'usage doit s'imposer aux agents de l'État (après publication au Journal officiel, JO ). Objectif : « Faire du français une langue performante apte à exprimer la modernité. » Un sacré boulot, puisque 850 mots nouveaux ont été publiés au JO depuis 2004. Et 298 sur la seule année 2006. Avec plus ou moins de succès... Flops retentissants : « sac gonflable » pour airbag, « papillon » pour post-it ou encore « bouteur » pour bulldozer . « Des fois, ça ne prend pas et on ne sait pas pourquoi », admet Xavier North, délégué général à la langue française. Mais tous les efforts ne sont pas vains. Témoins : lave-vaisselle, navigateur, logiciel... Petits derniers tout frais : « opérateur de marché » (pour trader ), « messagerie instantanée vocale » (pour push to talk ) et « poste à poste » (pour peer to peer ).
    Perfides Anglais
    À croire qu'on passe notre temps à repousser des invasions de mots anglais ? « Nous n'avons jamais cessé d'emprunter, de façon massive, à l'anglais depuis ces dix dernières années. Plus que lors du siècle écoulé. Le français emprunte plus à l'anglais, plus qu'à n'importe langue. Et parfois même en conservant la prononciation, comme standing ovation », résume Xavier North. Mais pas de conclusions hâtives pour autant. D'abord, notre langue digère ce qui lui est utile et recrache le reste. Ainsi, là où nous disions doping il y a dix ans, nous disons désormais dopage. Deuxième point : une langue s'enrichit toujours d'emprunts. Et si c'est maintenant au contact de l'anglais que notre vocabulaire évolue, au XVIe siècle, c'est à l'italien que nous avons massivement piqué des mots. « D'ailleurs les intellectuels de l'époque s'en inquiétaient », affirme Xavier North. Pourtant, esquisse, caresse, caleçon, s'amouracher, bagatelle, favori sont aujourd'hui si bien adaptés, qu'on ne décèle même plus l'origine.
 
    Enfin, haussons-nous un peu du col. Selon le diplomate, essayiste et historien brésilien Sergio Correa da Costa (1), disparu en 2005, les deux langues qui fournissent le plus de mots sans frontières sont le français et l'anglais, avec une légère avance pour... le français. « Les mots français qui circulent si librement au-dessus des barrières linguistiques et culturelles expriment le plus souvent un état d'âme, une inclination, une critique, un agacement, une ironie, donc des abstractions », écrit da Costa. Exemples : à contrecœur, arrière-pensée, bête noire, grâce, bon vivant, habitué, enfant gâté, fait accompli, nonchalance, parvenu, ménage à trois, femme fatale, faux-semblant, impression de déjà vu... Ce n'est pas l'écrivain Franck Resplandy qui dira le contraire. Dans son livre My rendez-vous with a femme fatale (2), il s'est plu à lister quelques-uns de nos mots baladeurs. Selon lui, en gros un tiers des mots anglais serait d'origine française.
 
    C'est bien beau tout ça. Mais malgré tous nos efforts, nous n'avons pu élucider un des grands mystères de notre langue. À savoir l'expression : parler français comme une vache espagnole. Comme le dit le site de la Délégation à la langue française : « Cette expression n'a littéralement aucun sens, sauf si l'on suppose qu'elle vient de "parler français comme un Basque l'espagnol". » 
Catherine MALLAVAL
 
(1)   Mots sans frontières, Éditions du Rocher
(2) Éditions Points
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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 07:53
     On connaissait le roman épistolaire (roman par lettres), à la mode au XVIIIe siècle (cf. Les lettres Per-sanes de Montesquieu) : roman sans narrateur, qui ne contient que les lettres que s'échangent les personnages.
    Voici un roman sans narrateur, un roman par lettres, certes, mais aussi : par coupures de journaux, d'annuaire, extraits de journal intime, factures, rapports d'enquêtes, cartes postales, chèques, affiche publicitaire, compte rendu de réunion, certificat médical, note d'hôtel, rapport psychiatrique, ticket de caisse, déposition à la gendarmerie, faire-part de décès, fax, note de restaurant, petite annonce, télégramme, articles de presse, extrait du registre d'urgence d'hôpital, rapports d'activité de détective, et même... une rédaction d'élève. Mais pas de narrateur. Cependant, l'histoire se trouve tout de même judicieusement racontée. - Voici un exemple :
 
   Pages 43, 44, extrait d'une lettre de Barthélémy à Monsieur Ménard, directeur de la SEREMIP :
   « Maintenant c'est impossible que ma Claudine Courvoisier de 1990 puisse me fréquenter vu ce que vous lui avez dit en le faisant et malgré que je sois vierge. Vous vous êtes moqué de moi, et moi je me moque de tout maintenant, sauf des idées qui me viennent toujours la nuit et qui grossissent sans arrêt dans ma tête comme pour la faire exploser en mille morceaux. Vous voyez Monsieur le directeur il faut que vous connaissiez les souffrances que vous donnez autour de vous, c'est obligé et j'en suis désolé pour Madame Geneviève mais c'est obligé. »
 
   Page 47 :
 
    Barthélémy Parpot est un débile léger. Un fêlé, un givré. Ce qu'on appelle : un détraqué. Il souffre de solitude, il est mal logé, il n'a pas d'argent, pas de travail, et il est follement (c'est le mot) amoureux d'une certaine Claudine Courvoisier. Mais on glisse progressivement de l'humour au tragicomique...

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L'acheter

Alain MONNIER  

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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 19:34

 

  Pour ceux qui ne l'auraient pas vue depuis longtemps, et à qui ça manquerait...

  La visite se termine par un zoom avant sur le projet d'Arts Plastiques de François, qui prend son envol...

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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 18:54

 

( Mode d'emploi )

  Mesdames et Messieurs, un jour je suis allé au camping avec trois amis : Pierre, Paul et Jacques. Le soir arrivé, Paul, tout feu, tout flamme, me dit : « Va chercher du bois pour le feu. » Je lui ai répondu « non », parce que je ne pétais pas le feu et qu’on avait le temps : il n’y avait pas le feu ! Il a râlé et il m’a dit : « Ben dis donc, t’as pas le feu aux fesses, toi ! » Je lui ai dit : « Bon, d’accord, j’y vais ».

Je lui ai ramené un tas de bois mouillé que j’ai trouvé à vingt mètres du campement. Il n’y a vu que du feu. Vingt minutes plus tard, il essaye d’allumer le feu et me dit : « Ton bois est mouillé : il ne donne que de la fumée ! » Je lui réponds, moqueur : « Il n’y a pas de fumée sans feu ! » Il s’est enflammé et m’a dit dans un feu d’artifice d’insultes : « Tu n’es qu’un pitre ! Ton bois est mouillé, abruti ! » Je lui dis : « Mais non, il n’était pas mouillé ! J’en mettrais ma main au feu ! » Lui, il est devenu menaçant : « Là, tu joues avec le feu, mon ami ! »  J’ai eu chaud ! […]  

F.

Mesdames et Messieurs, l’autre jour j’étais dans la rue, quand j’ai croisé un verrier.

Alors je lui dis : « Vous  avez une verrière ? »

 Il me dit : « Oui, à côté d’un espace vert. Mais arrêtez de me tirer les vers du nez, et achetez-moi du verre au lieu de m’embêter, espèce de chabert ! » Comme il gigotait, je lui dis « Vous, vous avez les vers au derrière ! Ou alors vous avez un verre dans le nez ! »  Il me dit : « Non, ça me démange : c’est de la laine de verre. » Et c’est là que je reconnus Albert, grâce au sévère pull-over en vair vert clair que je lui avais offert. J’étais vert ! « Et toi, qu’il me dit, t’as drôlement maigri ! Regarde-toi : on dirait que t’as le ver solitaire ! »

Là-dessus je l’ai quitté pour aller me mettre au vert. Je lui ai dit : « Au revoir Albert ! Et ne force quand même pas trop sur les verres ! »

C. 
 

Mesdames et Messieurs, je reviens de la montagne.

C’était haut. Tout en hauteur !

J’ai voulu faire de l’escalade, mais quand j’ai vu la montée, je suis tombé de haut ! En plus, à l’époque, j’étais haut comme trois pommes ! Je suis monté sur une première pierre, et j’ai continué, de bas en haut.

De mon haut j’ai regardé le paysage : j’en avais l’eau à la bouche, mais j’étais tout en eau !

Là-dessus, un flic est arrivé, il me dit : « Haut les mains ! C’est une propriété privée, ici ! » Il était d’une hauteur…  « Vous êtes l’auteur d’un délit ! » Il me regardait de haut ! Sur ce, il me jette bas : je suis tombé de tout mon haut.

T.
  Mesdames et Messieurs, un jour, Greg, un ami versaillais et plutôt versatile, m’a invité à prendre un verre avant d’aller visiter un espace vert. Nous avons donc cherché un café ouvert. Greg a commandé un vert de rouge et je voulais prendre un verre de blanc, mais le garçon nous a répondu qu’il n’y avait que des verres blancs, des vers libres ou des alexandrins ! « Vous êtes au café des poètes », qu’il nous dit. Alors on a commandé deux verres blancs.

Greg a bu son verre d’un trait. Tout d’un coup je l’ai vu passer aux verts : vert anis, vert émeraude, et enfin vert Véronèse. Et comme il commençait à se tortiller comme un ver, je lui demande :

- T’as les vers au derrière ?

Il me dit : « Non, je crois que j’ai un p’tit verre dans l’nez ! »

J’lui dis : « Montre-moi : je vais essayer de t’enlever le verre du nez ! » Alors il m’dit : « Mais non, je suis saoul ! Et maintenant, peux-tu me laisser seul avec mon verre et mes soucis ? J’ai le verre solitaire. » Alors j’lui dis : « Au lieu de te noyer dans un verre d’eau, tu ferais mieux de te mettre au vert ! » Sur ces mots, j’ai quitté le café des poètes, vert de rage et rouge de colère !

   M.

 C'est la fin !

   Mesdames et Messieurs, j'étais perdu dans la forêt, j'avais très faim et je me disais que c'était la fin des haricots ! La faim m'a emmené au fin fond de la forêt. J'ai vu une maison, la faim m'a demandé d'y entrer. La dame qui habitait là m'a demandé : "Vous avez faim ?" Je lui ai répondu "oui" avant de m'évanouir sous son visage fin. J'avais l'air fin !

   Elle m'a posé une serviette sur la tête. la lingerie était fine et douce. Quand je n'ai plus eu faim, elle m'a aidé à retrouver mon chemin. Quand je suis rentré chez moi, on m'a dit : "Ah ! enfin ! On a bien cru que cétait la fin !"

C.

    Mesdames et Messieurs, laissez-moi vous raconter une journée formidable ! C’était plus fort que moi, je voulais être fort comme un Turc ! Pour cela, j’ai utilisé la manière forte. Dans une forme olympique, je suis allé tous les jours à la « forteresse de la force » : un gymnase au nom de « Fortiche Muscu » !

   J’ai très vite compris que ce n’était pas mon fort. Être en forme, puissant, robuste, résistant, énergique, vigoureux, athlétique, musclé, herculéen et costaud, c’était trop fatigant pour moi. C’est quand même un peu fort, ça ! Malgré ma forte tête, j’allais devoir me renforcer autrement.

   C’est pourquoi j’ai fait construire des fortifications autour de ma maison, et au milieu de ce fort j’ai fait forer une piscine, pour pouvoir enfin bénéficier d’un repos bien mérité. Et je savais, en mon for intérieur, que ce repos dans ma forteresse valait mieux que le renforcement musculaire imposé de force au gymnase !

   É.
   

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 13:20

 

 

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20 février 2007 2 20 /02 /février /2007 18:06

Il fut tiré du sommeil par la sonnerie du réveil, mais resta couché un bon moment après l’avoir fait taire, à penser une dernière fois aux plans qu’il avait établis pour un détournement de fonds dans la journée et un assassinat le soir.

Il n’avait négligé aucun détail, il en était au stade de la récapitulation finale. À vingt heures quarante-six, il serait libre, dans tous les sens du mot. Il avait fixé ce moment parce qu’aujourd’hui il allait fêter son quarantième anniversaire et que c’était l’heure exacte de sa naissance. Sa mère, passionnée d’astrologie, lui avait souvent rappelé la minute précise de sa naissance. Lui-même n’était pas superstitieux, mais cela flattait son sens de l’humour de commencer sa nouvelle vie à quarante ans, à la minute près.

De toute façon, le temps travaillait contre lui.   

Homme de loi spécialisé dans les affaires immobilières, il voyait de très grosses sommes passer entre ses mains ; une partie y restait. Un an auparavant il avait « emprunté » cinq mille dollars, pour les placer dans une affaire sûre, qui allait doubler ou tripler la mise, mais il perdit la totalité. Il « emprunta » un nouveau capital, pour diverses spéculations, et rattraper sa perte initiale. Et il avait maintenant environ trente mille dollars de ce retard ; le trou ne pouvait guère être dissimulé plus de quelques mois et il n’avait pas le moindre espoir de le combler en si peu de temps. Il avait donc résolu de collecter le maximum d’argent liquide sans éveiller les soupçons, en vendant diverses propriétés. Dans l’après-midi il disposerait de plus de cent mille dollars, plus qu’il ne lui en fallait jusqu’à la fin de ses jours.

Et jamais il ne serait pris. Son départ, sa destination, sa nouvelle identité, tout était prévu et fignolé, il n’avait négligé aucun détail. Il y travaillait depuis six mois.   

Sa décision de tuer sa femme, il l’avait prise un peu après. Le mobile était simple : il la détestait. Mais c’est seulement après avoir pris sa décision de ne jamais aller en prison, de se suicider s’il était pris, que l’idée lui était venue : puisque de toute façon il mourrait s’il était pris, il n’avait rien à perdre en laissant derrière lui une femme morte au lieu d’une femme en vie.   

Il avait eu beaucoup de mal à ne pas éclater de rire devant le choix du cadeau d’anniversaire qu’elle lui avait fait (la veille, avec vingt-quatre heures d’avance) : une belle valise toute neuve. Elle l’avait aussi amené à accepter de fêter son anniversaire en allant dîner en ville, à sept heures. Il y avait peu de chances qu’elle se doutât de ce qu’il avait préparé pour la suite de la soirée. Il la ramènerait à la maison avant vingt heures quarante-six et satisferait son goût pour les choses bien faites en se rendant veuf à la minute précise. Il y avait aussi un avantage pratique à la laisser morte : s’il l’abandonnait vivante et endormie, elle comprendrait ce qui s’était passé et alerterait la police en constatant, au matin, qu’il était parti. S’il la laissait morte, le cadavre ne serait pas trouvé avant deux ou trois jours, ce qui assurait une avance bien plus confortable.  

À son bureau, tout se passa à merveille ; quand l’heure fut venue d’aller retrouver sa femme, tout était paré. Mais elle traîna devant les cocktails et traîna encore au restaurant ; il en vint à se demander avec inquiétude s’il arriverait à la ramener à la maison avant vingt heures quarante-six. C’était ridicule, il le savait bien, mais il avait fini par attacher une grande importance au fait qu’il voulait être libre à ce moment-là et non une minute avant ou une minute après. Il gardait l’œil sur sa montre.   

Attendre d’être dans la maison l’aurait mis en retard de trente secondes. Mais sous la véranda, dans l’obscurité, il n’y avait aucun danger ; il ne risquait rien, pas plus qu’à l’intérieur de la maison. Il abattit la matraque de toutes ses forces, pendant qu’elle attendait qu’il sorte sa clé pour ouvrir la porte. Il la rattrapa avant qu’elle ne tombe et parvint à la maintenir debout, tout en ouvrant la porte de l’autre main et en la refermant de l’intérieur.   

Il posa alors le doigt sur l’interrupteur et une lumière jaunâtre envahit la pièce. Avant d’avoir pu voir que sa femme était morte et qu’il maintenait le cadavre d’un bras, tous les invités de la soirée d’anniver-saire hurlèrent d’une seule voix : « Surprise ! »   

Frederic Brown, « Cauchemar en jaune », Fantômes et farfadouilles (1961)

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